Schéma conceptuel illustrant la sécurité informatique et la synchronisation des clés de passe
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Sécurité

Sécurité des Passkeys : de nouvelles attaques contournent la protection contre le phishing

Considérées comme le rempart ultime contre le phishing, les clés de passe (passkeys) font face à de nouvelles méthodes d'attaque documentées par des experts en cybersécurité. Des chercheurs ont démontré qu'un attaquant peut récupérer des clés privées synchronisées ou contourner l'authentification multifacteur (MFA) sans briser la cryptographie sous-jacente. Cette analyse technique décrypte ces vulnérabilités et propose des stratégies concrètes pour sécuriser vos accès professionnels.

Kévin Moniaux
11 août 2026 12 min de lecture
Sommaire11 sections
  1. Le paradigme FIDO2 et la promesse de la résistance au phishing
  2. L'anatomie des nouvelles menaces : quand l'implémentation trahit le protocole
  3. Focus technique 1 : L'attaque 'Pass-the-Passkey' et l'exfiltration des clés synchronisées
  4. Focus technique 2 : Le rejeu du matériel d'authentification sous Windows
  5. Focus technique 3 : La manipulation des paramètres WebAuthn (User Verification Bypass)
  6. Le rôle crucial du TPM et de la sécurité matérielle
  7. Analyse comparative des méthodes d'authentification
  8. Recommandations stratégiques pour sécuriser les infrastructures
  9. L'importance d'un audit de sécurité et d'un accompagnement technique
  10. Questions fréquentes
  11. Sources

Le paradigme FIDO2 et la promesse de la résistance au phishing

L'authentification sans mot de passe repose sur des standards ouverts développés par l'alliance FIDO et le W3C. Les clés de passe, ou passkeys, représentent l'application grand public de ces protocoles sécurisés. Elles visent à éliminer les mots de passe traditionnels, qui restent la cible principale des cyberattaques. En supprimant le facteur humain lié à la mémorisation, cette technologie réduit considérablement la surface d'attaque des infrastructures d'entreprise.

Sur le plan technique, une clé de passe utilise un mécanisme de cryptographie asymétrique. Lors de l'enregistrement sur un service en ligne, le terminal de l'utilisateur génère une paire de clés unique. La clé publique est transmise au serveur, tandis que la clé privée reste confinée dans le composant de sécurité local. Pour s'authentifier, le terminal signe un défi cryptographique envoyé par le serveur, qui valide ensuite cette signature avec la clé publique correspondante.

La force de cette approche réside dans l'absence de secret partagé sur le réseau. Contrairement à un mot de passe, la clé privée ne quitte jamais le périphérique physique de l'utilisateur. Même si la base de données d'un service tiers est compromise, les attaquants ne récupèrent que des clés publiques inutilisables. De plus, l'accès local à la clé privée est protégé par une validation biométrique ou un code PIN.

Le protocole WebAuthn lie également chaque clé de passe au nom de domaine spécifique du site d'origine. Cette liaison technique empêche toute utilisation de la clé sur un site frauduleux, rendant l'authentification résistante au phishing classique. Cependant, la sécurité globale d'un système dépend autant de la théorie cryptographique que des choix d'implémentation logicielle faits par les éditeurs de systèmes d'exploitation.

Le protocole Client-to-Authenticator Protocol (CTAP) joue un rôle clé dans cet écosystème. Il permet à un authentificateur externe, comme un smartphone ou une clé USB de sécurité, de communiquer avec le terminal de l'utilisateur via USB, NFC ou Bluetooth. Cette architecture modulaire offre une grande flexibilité, permettant d'adapter le niveau de sécurité aux exigences spécifiques de chaque cas d'usage professionnel.

L'anatomie des nouvelles menaces : quand l'implémentation trahit le protocole

Les récentes recherches publiées par des cabinets de cybersécurité réputés, notamment Palo Alto Networks Unit 42 et Orenda Security, ont mis en lumière des vecteurs d'attaque inédits. Ces travaux démontrent que les vulnérabilités ne résident pas dans les algorithmes cryptographiques de FIDO2, mais dans la manière dont les systèmes d'exploitation et les navigateurs gèrent ces clés. Ces faiblesses ouvrent la voie à des contournements de l'authentification multifacteur (MFA).

Lors de conférences spécialisées en sécurité informatique, des démonstrations pratiques ont prouvé qu'un attaquant disposant d'un accès initial sur un poste de travail peut contourner les barrières de sécurité. Ces attaques exploitent la commodité offerte par la synchronisation des clés dans le cloud. Les éditeurs ont parfois privilégié l'expérience utilisateur au détriment d'une isolation stricte des secrets cryptographiques, créant ainsi de nouvelles surfaces d'attaque.

Il est essentiel de comprendre que ces menaces nécessitent généralement une compromission préalable du système d'exploitation de la victime. Un logiciel malveillant exécuté localement peut interagir avec les API du système pour extraire des données sensibles. Nous allons analyser en détail les trois principaux vecteurs d'attaque identifiés par les chercheurs afin d'en comprendre les mécanismes techniques et les implications réelles.

Les chercheurs ont ainsi classifié ces nouvelles menaces en trois catégories distinctes, chacune ciblant un composant spécifique de l'architecture d'authentification :

  • L'exfiltration des clés synchronisées : qui cible le stockage local des navigateurs web et les outils de synchronisation cloud.
  • Le rejeu de session locale : qui exploite les données d'authentification temporaires conservées en mémoire vive par le système d'exploitation.
  • Le contournement de la vérification utilisateur : qui manipule les paramètres de l'API WebAuthn pour éviter les contrôles biométriques obligatoires.

Ces découvertes ont été présentées lors de rassemblements majeurs de la communauté de la cybersécurité, tels que les conférences Black Hat et DEF CON. Les démonstrations pratiques ont prouvé que la confiance aveugle dans les technologies sans mot de passe peut induire un faux sentiment de sécurité. L'analyse rigoureuse de ces vecteurs d'attaque permet de concevoir des contre-mesures adaptées avant que ces techniques ne soient massivement exploitées par des cybercriminels.

Focus technique 1 : L'attaque 'Pass-the-Passkey' et l'exfiltration des clés synchronisées

L'attaque baptisée Pass-the-Passkey (parfois désignée sous le terme de Pass-ta-key dans certaines analyses de l'industrie), documentée par les analystes de Palo Alto Networks Unit 42, cible directement les mécanismes de synchronisation cloud. Pour faciliter l'usage multi-appareil, les navigateurs comme Google Chrome ou les systèmes comme macOS synchronisent les clés de passe via des comptes cloud. Cette fonctionnalité repose sur le stockage local des clés privées dans des bases de données chiffrées par le système d'exploitation.

Sur un système Windows, ces bases de données sont protégées par l'interface de protection des données de Microsoft, appelée DPAPI (Data Protection API). Les chercheurs ont démontré qu'un logiciel malveillant de type infostealer, s'exécutant avec les privilèges de l'utilisateur connecté, peut solliciter DPAPI pour déchiffrer les secrets du navigateur. Le malware peut ainsi extraire les clés privées synchronisées sans nécessiter de privilèges d'administrateur système.

Une fois ces clés privées exfiltrées vers le serveur de l'attaquant, ce dernier peut les importer dans son propre navigateur. L'attaquant est alors capable de s'authentifier sur les comptes de la victime depuis n'importe quel point du globe. Cette technique neutralise la protection contre le phishing, car le serveur distant valide une signature cryptographique parfaitement légitime générée par la clé privée volée.

Sur le plan technique, les navigateurs basés sur Chromium stockent les informations d'authentification dans une base de données SQLite locale. Bien que les données sensibles soient chiffrées, le fait que la clé de déchiffrement DPAPI soit accessible sous le même contexte utilisateur affaiblit la protection. Un script malveillant peut ainsi automatiser l'extraction et le déchiffrement en quelques millisecondes, sans éveiller les soupçons des outils de sécurité traditionnels.

Focus technique 2 : Le rejeu du matériel d'authentification sous Windows

La deuxième méthode d'attaque concerne la gestion de la mémoire vive par le système d'exploitation Windows lors de l'utilisation de Windows Hello. Lorsque l'utilisateur valide son identité par empreinte digitale ou reconnaissance faciale, le système génère des jetons d'authentification signés. Les recherches menées par Orenda Security ont révélé que ces éléments de session restent parfois stockés de manière non sécurisée dans la mémoire du processus LSASS (Local Security Authority Subsystem Service).

Un attaquant disposant d'un accès local ou utilisant un outil d'administration à distance peut effectuer un dump de la mémoire de LSASS. En extrayant ces assertions d'authentification signées, le pirate peut contourner la nécessité d'une validation biométrique physique. Il lui suffit de rejouer ces données d'authentification pour ouvrir une session active sur les applications cloud de l'entreprise, sans que l'utilisateur n'en soit averti.

Cette vulnérabilité met en évidence la fragilité des mécanismes de stockage temporaire des secrets d'authentification. Même si la clé de passe elle-même reste protégée au sein du module de plateforme sécurisée (TPM), les artefacts générés pour maintenir la session utilisateur active deviennent des cibles de choix pour les cybercriminels. La sécurisation de ces processus système est donc une priorité absolue.

Pour contrer l'extraction de données depuis le processus LSASS, Microsoft a développé des technologies de sécurité avancées telles que Credential Guard. Cette fonctionnalité utilise la virtualisation pour isoler les secrets système dans un conteneur protégé. Cependant, si Credential Guard n'est pas activé ou si l'implémentation de la clé de passe contourne cette isolation, les artefacts de session restent exposés aux outils de dump de mémoire classiques.

Focus technique 3 : La manipulation des paramètres WebAuthn (User Verification Bypass)

La troisième recherche majeure concerne le contournement de la vérification de l'utilisateur, un pilier fondamental du protocole FIDO2. Normalement, l'authentification requiert deux facteurs distincts : la possession du terminal contenant la clé privée, et la vérification de la présence de l'utilisateur via la biométrie ou un code PIN. Ce comportement est régi par le paramètre userVerification au sein de l'API WebAuthn.

Les chercheurs ont découvert que certains navigateurs et services en ligne gèrent de manière incorrecte les valeurs de ce paramètre, notamment les options preferred et discouraged. En interceptant et en modifiant les requêtes API entre le site web et l'authentificateur local, un script malveillant peut forcer le système à accepter une signature de clé de passe sans exiger de validation biométrique ou de saisie de code PIN.

Si le serveur d'authentification de l'application ne valide pas rigoureusement le drapeau de vérification de l'utilisateur (UV flag) contenu dans la réponse signée, l'authentification est acceptée. Cette faille transforme une authentification multifacteur robuste en un simple échange de fichiers automatisé. Un attaquant peut ainsi utiliser une clé de passe volée de manière totalement invisible pour l'utilisateur légitime.

La validation du drapeau UV (User Verified) par le serveur d'authentification est l'élément critique de cette chaîne de sécurité. Si le serveur se contente de vérifier la validité de la signature cryptographique sans s'assurer que le drapeau UV est positionné à 'vrai', il accepte une authentification sans preuve de présence humaine. Cette omission de validation côté serveur est une erreur d'implémentation courante qui compromet l'efficacité de la technologie.

Le rôle crucial du TPM et de la sécurité matérielle

Pour comprendre la différence de sécurité entre les implémentations, il faut analyser le rôle du module de plateforme sécurisée, ou TPM (Trusted Platform Module). Ce composant matériel, présent sur la majorité des ordinateurs professionnels récents, offre un environnement d'exécution sécurisé et isolé du système d'exploitation principal. Il est conçu pour stocker les clés cryptographiques de manière inviolable.

Lorsqu'une clé de passe est générée localement et liée au TPM de la machine, la clé privée est mathématiquement protégée contre l'extraction logicielle. Même un logiciel malveillant disposant des privilèges d'administrateur le plus élevé ne peut pas copier la clé privée en dehors du composant matériel. L'authentificateur effectue les opérations cryptographiques directement au sein de la puce, garantissant une sécurité maximale.

À l'inverse, les clés de passe synchronisées dans le cloud doivent être exportables par nature pour être partagées entre vos différents appareils. Cette capacité d'exportation implique que la clé privée est temporairement manipulée par le logiciel du navigateur ou du système d'exploitation, ce qui la rend vulnérable aux attaques d'extraction en mémoire. Le choix entre commodité de synchronisation et sécurité matérielle stricte est donc un arbitrage stratégique pour l'entreprise.

Analyse comparative des méthodes d'authentification

Pour évaluer l'impact de ces découvertes sur la sécurité des systèmes d'information, il convient de comparer les différentes technologies d'authentification disponibles. Le tableau ci-dessous synthétise leur niveau de résistance face aux attaques modernes documentées par les chercheurs en cybersécurité.

Méthode d'authentificationRésistance au PhishingRésistance aux Malwares locauxExigence de présence physique
Mot de passe classiqueTrès faibleFaible (Keyloggers)Aucune
MFA par SMS / TOTPMoyenne (vulnérable au proxying)Moyenne (interception de session)Aucune
Passkey synchronisée (Cloud)MaximaleFaible à Moyenne (vulnérable à l'extraction DPAPI)Variable (contournable via API)
Passkey locale (Clé matérielle FIDO2)MaximaleTrès élevée (nécessite un accès physique)Systématique (bouton physique)

Ce comparatif met en évidence une distinction fondamentale entre les clés de passe synchronisées et les clés matérielles physiques. Si la synchronisation cloud offre une excellente ergonomie pour le grand public, elle introduit des risques d'exfiltration non négligeables dans un contexte professionnel. Les entreprises doivent donc adapter leur politique de gestion des accès en fonction de la sensibilité de leurs données.

Recommandations stratégiques pour sécuriser les infrastructures

La découverte de ces vulnérabilités ne doit pas conduire à l'abandon des clés de passe, qui demeurent nettement plus sécurisées que les mots de passe traditionnels. Elle impose en revanche une rigueur accrue dans l'administration des parcs informatiques. Les administrateurs système doivent mettre en œuvre des politiques de sécurité strictes pour limiter l'exposition de ces secrets cryptographiques.

Pour protéger efficacement les terminaux de votre organisation contre l'exfiltration de clés de passe, plusieurs mesures techniques doivent être déployées de manière systématique :

  • Désactiver la synchronisation non contrôlée : Configurez les navigateurs de l'entreprise via des stratégies de groupe (GPO) pour interdire la synchronisation des données d'authentification vers des comptes personnels externes.
  • Imposer des clés matérielles pour les comptes sensibles : Utilisez des clés de sécurité physiques non synchronisables (comme les clés de sécurité FIDO2 USB) pour les accès d'administration et les services financiers.
  • Déployer une solution EDR (Endpoint Detection and Response) : Surveillez en temps réel les accès suspects à la mémoire des processus système et aux répertoires de stockage des navigateurs pour bloquer les infostealers.
  • Appliquer le principe du moindre privilège : Restreignez les droits d'administration locaux des utilisateurs afin d'empêcher l'exécution de codes malveillants capables d'interroger DPAPI.

En complément de ces mesures, une validation rigoureuse des implémentations WebAuthn côté serveur est indispensable. Les développeurs d'applications doivent s'assurer que leurs serveurs d'authentification exigent systématiquement la vérification de l'utilisateur et contrôlent minutieusement l'intégrité des signatures reçues. Ces bonnes pratiques logicielles permettent de neutraliser les tentatives de contournement de l'authentification multifacteur.

L'importance d'un audit de sécurité et d'un accompagnement technique

La complexité de ces nouvelles menaces démontre que la sécurité informatique ne peut pas reposer sur une solution unique. Une approche globale, combinant protection des terminaux, gestion rigoureuse des identités et surveillance active, est indispensable pour protéger les actifs numériques des organisations. Les entreprises doivent régulièrement évaluer l'état de leur infrastructure face à ces évolutions technologiques.

La mise en œuvre de ces configurations avancées, telles que la restriction des politiques de synchronisation ou le déploiement de solutions EDR, nécessite des compétences techniques pointues. Pour les structures ne disposant pas d'un service informatique interne, s'appuyer sur un partenaire externe qualifié permet de garantir la conformité et la sécurité des installations.

Que ce soit pour réaliser un audit de vos systèmes, configurer vos équipements ou former vos collaborateurs aux bonnes pratiques, un accompagnement de proximité est un atout précieux. Vous pouvez consulter notre page À Propos pour découvrir notre approche de l'assistance technique. Nous proposons également un ensemble complet de services informatiques adaptés aux besoins des professionnels et des particuliers.

En cas de perte ou de vol d'un terminal d'accès, la clé de passe doit pouvoir être révoquée instantanément depuis la console d'administration centrale de l'entreprise. Cette réactivité est essentielle pour empêcher toute tentative d'intrusion ultérieure. Un plan de réponse aux incidents bien structuré permet de limiter l'impact d'une compromission matérielle ou logicielle.

Pour toute question relative à la sécurisation de vos postes de travail ou pour un besoin d'assistance, notre équipe est disponible pour vous conseiller. N'hésitez pas à faire appel à notre service de dépannage informatique pour résoudre rapidement vos difficultés techniques et renforcer la résilience de votre infrastructure.

Questions fréquentes

Les clés de passe sont-elles devenues inutilisables ou dangereuses ?

Non, les clés de passe restent bien plus sécurisées que les mots de passe traditionnels. Ces attaques n'attaquent pas la cryptographie FIDO2, mais la sécurité du système d'exploitation et des navigateurs qui stockent ces clés. Elles soulignent simplement la nécessité de protéger les ordinateurs contre les logiciels malveillants.

Comment un pirate peut-il voler ma clé de passe ?

Si votre ordinateur est infecté par un logiciel malveillant (infostealer), ce dernier peut extraire les clés de passe synchronisées dans le gestionnaire de mots de passe de votre navigateur ou exploiter des données temporaires en mémoire vive pour usurper votre session.

Quelle est la différence entre une clé de passe locale et synchronisée ?

Une clé de passe locale est stockée sur une puce physique sécurisée de votre appareil (ou une clé USB de sécurité) et ne peut pas être copiée. Une clé synchronisée est partagée via le cloud (Google, Apple, Microsoft) pour être utilisée sur plusieurs appareils, ce qui introduit un risque d'extraction si un de vos appareils est compromis.

Comment protéger mon entreprise contre ces failles ?

Vous devez maintenir vos systèmes d'exploitation et navigateurs à jour, désactiver la synchronisation cloud non contrôlée sur les postes professionnels, limiter les droits d'administration des utilisateurs et installer une solution de protection des terminaux de type EDR pour bloquer les logiciels malveillants.

Sources

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