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Sécurité

Alerte Schneider Electric : Sécuriser Easergy, EcoStruxure et Saitel

L'agence américaine de cybersécurité (CISA) a publié une mise à jour majeure concernant plusieurs équipements industriels Schneider Electric. Cette alerte détaille des vulnérabilités critiques affectant les gammes Easergy, EcoStruxure et Saitel. Découvrez l'analyse technique de ces failles et les mesures concrètes pour protéger vos infrastructures opérationnelles.

Kévin Moniaux
5 septembre 2026 11 min de lecture
Sommaire14 sections
  1. Une alerte de sécurité majeure sur les systèmes industriels Schneider Electric
  2. Quels sont les produits concernés par l'avis ICSA-23-166-01 (Update A) ?
  3. Analyse technique approfondie des vulnérabilités et références CVE
  4. Le protocole IEC 61850 face au défi de la sécurité : l'apport de l'IEC 62351
  5. Comment l'IEC 62351 sécurise-t-il concrètement les trames industrielles ?
  6. Quels sont les risques concrets pour l'exploitation industrielle ?
  7. La segmentation réseau selon le modèle de Purdue appliqué à Schneider Electric
  8. La surveillance des flux et la détection d'anomalies sur les protocoles industriels
  9. Gestion des accès d'administration et durcissement des équipements
  10. Plan d'action immédiat pour les administrateurs de réseaux industriels
  11. Tableau synthétique des vulnérabilités et des actions correctives
  12. Conclusion : Vers une cyber-résilience des infrastructures industrielles
  13. Questions fréquentes
  14. Sources

Une alerte de sécurité majeure sur les systèmes industriels Schneider Electric

L'agence américaine de cybersécurité (CISA) a publié une mise à jour d'importance majeure concernant plusieurs gammes d'équipements industriels de la marque Schneider Electric. Cette alerte, répertoriée sous la référence officielle ICSA-23-166-01 (Update A), met en lumière des vulnérabilités critiques affectant des systèmes de contrôle et de protection électrique. Ces failles concernent des technologies largement déployées au sein des infrastructures d'énergie et des réseaux industriels.

La mise à jour A de ce bulletin confirme que les vulnérabilités touchent simultanément plusieurs familles de produits interconnectées. Les attaquants pourraient exploiter ces faiblesses pour contourner les contrôles de sécurité, accéder à des fichiers sensibles ou provoquer des dysfonctionnements physiques. Cette situation exige une attention immédiate de la part des responsables de la sécurité des systèmes d'information (RSSI) et des ingénieurs en automatisation.

La convergence croissante entre les réseaux informatiques d'entreprise (IT) et les réseaux industriels (OT) amplifie considérablement la portée de ces failles. Un équipement autrefois isolé se retrouve aujourd'hui exposé à des vecteurs d'attaque complexes. Comprendre les détails techniques de cette alerte est indispensable pour mettre en œuvre les mesures de remédiation appropriées.

Quels sont les produits concernés par l'avis ICSA-23-166-01 (Update A) ?

L'avis de sécurité de la CISA regroupe plusieurs équipements critiques du catalogue Schneider Electric sous une même alerte révisée. Le premier produit concerné est la gamme de contrôleurs de baie Easergy C5, utilisée pour la gestion des postes électriques. Ces dispositifs assurent l'acquisition de données et le contrôle en temps réel des cellules de distribution d'énergie.

Les relais de protection multifonctions Easergy MiCOM P30 et Easergy MiCOM P40 sont également directement impactés par ces vulnérabilités. Ces relais constituent la dernière ligne de défense physique des réseaux électriques contre les surcharges, les courts-circuits et les anomalies de tension. Leur compromission peut avoir des conséquences directes sur l'intégrité des infrastructures matérielles.

La passerelle de communication EcoStruxure Power Automation System Gateway (EPAS-GTW) figure aussi dans la liste des équipements vulnérables. Ce composant assure l'interface entre les protocoles de terrain et les systèmes de supervision de niveau supérieur. Enfin, les unités terminales distantes (RTU) de la gamme Saitel complètent cette liste de matériels sensibles nécessitant des correctifs urgents.

Analyse technique approfondie des vulnérabilités et références CVE

Les failles de sécurité identifiées dans le bulletin de la CISA sont associées à plusieurs identifiants de vulnérabilités standardisés. La vulnérabilité majeure de cette alerte est enregistrée sous la référence CVE-2023-27977. Elle concerne un défaut de validation des chemins d'accès (Path Traversal) au sein de l'interface d'administration de la passerelle EPAS-GTW.

Un attaquant authentifié peut exploiter la faille CVE-2023-27977 pour lire ou écrire des fichiers arbitraires sur le système d'exploitation sous-jacent de l'équipement. Ce type d'accès permet d'extraire des configurations sensibles, des clés de chiffrement ou des identifiants de connexion. Le score de gravité CVSS v3 associé à cette vulnérabilité atteint un niveau élevé de 7.1, ce qui justifie une action rapide.

Une autre faille d'importance, la CVE-2023-27978, concerne une absence d'authentification pour certaines fonctions critiques de l'équipement. Un utilisateur malveillant connecté au réseau local pourrait envoyer des requêtes spécifiques pour exécuter des actions d'administration sans s'authentifier au préalable. Cette absence de contrôle facilite grandement les attaques par déplacement latéral au sein du réseau industriel.

Enfin, la faille CVE-2023-27979 est liée à une validation incorrecte des entrées utilisateur. Elle permet à un attaquant de provoquer un déni de service (DoS) ou d'exécuter du code arbitraire en envoyant des paquets réseau malformés. Cette vulnérabilité est particulièrement dangereuse pour les relais de protection Easergy MiCOM dont la disponibilité continue est indispensable à la sécurité des biens.

Le protocole IEC 61850 face au défi de la sécurité : l'apport de l'IEC 62351

Le protocole de communication IEC 61850 est la norme internationale pour l'architecture des postes électriques intelligents. Conçu à l'origine pour optimiser la vitesse de transmission des messages critiques (comme les trames GOOSE qui doivent circuler en moins de 4 millisecondes), il n'intégrait pas de mécanismes de sécurité natifs. L'absence de chiffrement et d'authentification facilitait les attaques par injection de commandes.

Une idée reçue tenace affirme que l'intégration du chiffrement est impossible sur l'IEC 61850 sans dégrader les performances de temps réel. Pourtant, des solutions standardisées existent pour surmonter cette contrainte technique. La norme IEC 62351 a été spécifiquement développée pour apporter des profils de sécurité robustes aux protocoles industriels sans compromettre leur réactivité.

Pour sécuriser les messages GOOSE (Generic Object Oriented Substation Events) et SV (Sampled Values), l'IEC 62351-6 introduit des mécanismes de signature cryptographique basés sur la cryptographie symétrique (HMAC). Cette approche permet de vérifier l'authenticité et l'intégrité des messages en quelques microsecondes. Ainsi, les postes électriques peuvent rejeter les trames malveillantes tout en respectant les exigences strictes de temps de réponse.

L'adoption de l'IEC 62351 permet de combler les lacunes de sécurité historiques de l'IEC 61850. Elle offre un cadre standardisé pour l'authentification des équipements, le chiffrement des données de configuration et la journalisation des événements de sécurité. La mise en œuvre de ces profils sécurisés est une étape clé pour protéger les architectures basées sur les technologies Schneider Electric.

Comment l'IEC 62351 sécurise-t-il concrètement les trames industrielles ?

L'implémentation de la norme IEC 62351 repose sur plusieurs parties distinctes adaptées aux différents types de flux réseau. La partie 3 de la norme définit la sécurité des profils TCP/IP en utilisant le protocole TLS (Transport Layer Security). Cela permet de chiffrer les sessions d'ingénierie et de configuration vers les passerelles EPAS-GTW, empêchant l'interception des mots de passe.

La partie 4 de la norme s'attaque à la sécurisation du protocole MMS (Manufacturing Message Specification), utilisé pour la supervision SCADA. Elle impose une authentification mutuelle des équipements au début de chaque session. De cette manière, un logiciel de supervision tiers ne peut pas envoyer de commandes à un contrôleur Easergy sans présenter un certificat cryptographique valide.

Enfin, la partie 6 de l'IEC 62351 protège les communications de protection en temps réel. En utilisant des clés symétriques partagées et des algorithmes de hachage rapides, elle garantit que chaque message GOOSE provient bien d'un relais légitime. Cette protection empêche un attaquant de simuler un faux défaut électrique pour provoquer le déclenchement intempestif des disjoncteurs.

Quels sont les risques concrets pour l'exploitation industrielle ?

L'exploitation réussie de ces failles par un acteur malveillant présente des risques opérationnels majeurs pour les installations industrielles. Le premier risque est le déni de service (DoS) sur les relais de protection Easergy MiCOM. Si un attaquant parvient à figer ou redémarrer un relais de protection, le réseau électrique se retrouve sans surveillance active contre les surcharges.

Un court-circuit survenant durant cette phase de blocage pourrait détruire des équipements de grande valeur, comme des transformateurs de puissance. Un tel incident provoquerait des arrêts de production prolongés et des coûts de réparation extrêmement élevés. La sécurité physique du personnel travaillant à proximité des installations électriques pourrait également être gravement compromise.

Le second risque réside dans la prise de contrôle à distance des passerelles EPAS-GTW et des unités Saitel. Un attaquant pourrait envoyer de fausses commandes de commutation pour ouvrir des disjoncteurs ou modifier les seuils de déclenchement. Ces actions coordonnées peuvent déstabiliser l'ensemble d'un réseau de distribution d'énergie privé ou industriel.

La segmentation réseau selon le modèle de Purdue appliqué à Schneider Electric

La sécurisation des environnements industriels reposant sur les produits Schneider Electric nécessite l'application rigoureuse du modèle de Purdue. Ce modèle d'architecture réseau divise l'infrastructure en plusieurs niveaux logiques étanches. Les équipements de terrain, tels que les relais Easergy et les RTU Saitel, doivent être strictement confinés au niveau 1 et au niveau 2 de cette architecture.

  • Niveau 0 et 1 : Zone des équipements physiques, des capteurs et des relais de protection de terrain.
  • Niveau 2 : Zone de contrôle local contenant les consoles SCADA locales et les automates de traitement.
  • Niveau 3 : Zone de supervision globale du site industriel et de gestion des opérations.
  • Niveau 3.5 : Zone démilitarisée industrielle (IDMZ) assurant le cloisonnement étanche avec la bureautique.

Il est indispensable d'interdire toute communication directe entre le réseau de bureautique (Niveau 3) et le réseau de contrôle industriel (Niveau 1 et 2). Toutes les connexions doivent transiter par une zone démilitarisée industrielle (IDMZ) située au Niveau 3.5. Cette zone intermédiaire héberge des serveurs proxy et des passerelles applicatives qui filtrent et inspectent les flux de données.

Pour renforcer cette isolation, les administrateurs doivent déployer des pare-feux industriels capables d'effectuer une inspection approfondie des paquets (DPI). Ces pare-feux ne se contentent pas de filtrer les ports réseau ; ils analysent le contenu des protocoles comme Modbus TCP ou IEC 61850 pour bloquer les commandes d'écriture non autorisées vers les automates.

La mise en œuvre de cette segmentation permet de contenir une éventuelle infection par rançongiciel au sein du réseau informatique classique. Même si un poste de travail de bureau est compromis, l'attaquant ne pourra pas atteindre directement les équipements Easergy ou Saitel. Pour vous accompagner dans la définition de ces architectures complexes, un consultant informatique à Agen peut vous aider à structurer votre démarche.

La surveillance des flux et la détection d'anomalies sur les protocoles industriels

Au-delà de la segmentation, la surveillance active des flux réseau est indispensable pour détecter les prémices d'une intrusion. Les solutions de détection d'anomalies industrielles analysent le trafic réseau en continu pour établir un profil de comportement normal. Toute déviation par rapport à ce profil de référence déclenche immédiatement une alerte de sécurité pour les opérateurs.

Par exemple, l'apparition d'une nouvelle adresse IP tentant de se connecter à un contrôleur Easergy C5 constitue une anomalie majeure. De même, l'envoi de commandes de configuration en dehors des heures de maintenance planifiées doit être considéré comme suspect. Ces outils de détection permettent d'identifier rapidement les tentatives d'exploitation des failles CVE-2023-27977 ou CVE-2023-27978.

La collecte et l'analyse centralisée des journaux d'événements (logs) générés par les équipements Schneider Electric renforcent cette visibilité. Les passerelles EPAS-GTW et les logiciels de supervision doivent envoyer leurs logs vers un système SIEM (Security Information and Event Management) sécurisé. Cette centralisation facilite la corrélation des événements et accélère la réponse aux incidents.

Gestion des accès d'administration et durcissement des équipements

Le durcissement (hardening) des équipements industriels est une étape essentielle pour réduire leur surface d'attaque. De nombreux dispositifs Schneider Electric sont livrés avec des configurations par défaut qui privilégient la simplicité d'installation au détriment de la sécurité. Il est impératif de modifier l'ensemble des mots de passe d'usine dès la mise en service des appareils.

Les services réseau inutilisés doivent être systématiquement désactivés sur les contrôleurs Easergy et les passerelles EPAS-GTW. Si l'administration via un serveur Web intégré n'est pas requise pour l'exploitation, le protocole HTTP ou HTTPS doit être coupé. De même, les protocoles obsolètes et non sécurisés comme Telnet ou FTP doivent être remplacés par SSH et SFTP.

L'accès physique aux équipements doit également faire l'objet d'un contrôle strict. Les armoires électriques hébergeant les relais de protection et les commutateurs réseau doivent être verrouillées. L'utilisation de clés USB de configuration sur les consoles de programmation doit être encadrée par des procédures de sécurité rigoureuses pour éviter l'introduction accidentelle de logiciels malveillants.

Plan d'action immédiat pour les administrateurs de réseaux industriels

Pour faire face efficacement aux vulnérabilités décrites dans l'avis ICSA-23-166-01 (Update A), les équipes techniques doivent appliquer un plan d'action structuré. La première étape consiste à réaliser une cartographie précise de l'ensemble des équipements Schneider Electric installés sur le réseau. Cet inventaire doit recenser les modèles exacts et les versions de micrologiciels (firmwares) en cours d'exécution.

La seconde étape est la planification de l'application des correctifs fournis par Schneider Electric pour les gammes Easergy, EPAS-GTW et Saitel. Ces mises à jour doivent être préalablement testées dans un environnement de validation hors production pour s'assurer de l'absence d'effets secondaires. L'application sur les systèmes de production doit être planifiée lors des prochaines fenêtres de maintenance technique.

En attendant l'application des correctifs, des mesures de mitigation immédiates doivent être déployées pour réduire la surface d'attaque. Il convient de désactiver tous les services réseau inutilisés sur les équipements, tels que les serveurs Web HTTP, FTP ou Telnet. Pour des besoins d'assistance sur vos réseaux de gestion, vous pouvez solliciter notre équipe de dépannage informatique à Agen.

  1. Inventorier : Identifier tous les actifs industriels Schneider Electric et leurs versions de firmware.
  2. Isoler : Appliquer une segmentation réseau stricte pour couper les accès directs depuis l'informatique de gestion.
  3. Mettre à jour : Planifier l'application des correctifs officiels lors des arrêts techniques.
  4. Surveiller : Déployer des outils de détection d'anomalies sur les protocoles industriels.

Tableau synthétique des vulnérabilités et des actions correctives

Équipement concernéRéférence CVEType de vulnérabilitéMesure corrective recommandée
EcoStruxure EPAS-GTWCVE-2023-27977Traversée de fichiers (Path Traversal)Appliquer le dernier micrologiciel Schneider Electric
Easergy MiCOM P30 / P40CVE-2023-27979Validation incorrecte des entrées (DoS)Isoler le réseau de contrôle et désactiver les services inutilisés
Saitel RTUCVE-2023-27978Absence d'authentification critiqueMettre en œuvre des ACL et restreindre les accès IP
Easergy C5CVE-2023-27979Exécution de code à distance (RCE)Planifier la mise à jour du firmware lors de la maintenance

Conclusion : Vers une cyber-résilience des infrastructures industrielles

L'alerte de sécurité concernant les produits Schneider Electric rappelle que la cybersécurité des systèmes industriels (OT) est un enjeu critique et permanent. Les vulnérabilités logicielles ne peuvent plus être ignorées sous prétexte que les réseaux industriels bénéficient d'un isolement physique théorique. La mise en œuvre de standards modernes comme l'IEC 62351 et l'application du modèle de Purdue sont devenues indispensables.

La protection de ces infrastructures complexes exige une collaboration étroite entre les équipes informatiques traditionnelles et les ingénieurs d'exploitation. La sécurisation des architectures mixtes IT/OT fait partie de notre expertise globale. En adoptant une démarche proactive de segmentation, de mise à jour et de surveillance, vous limitez considérablement les risques de paralysie de votre activité.

Questions fréquentes

Quels sont les équipements Schneider Electric concernés par l'avis ICSA-23-166-01 Update A ?

L'avis de la CISA concerne les contrôleurs de baie Easergy C5, les relais de protection Easergy MiCOM P30 et P40, la passerelle EcoStruxure Power Automation System Gateway (EPAS-GTW), ainsi que les unités terminales distantes Saitel.

Quelles sont les principales failles de sécurité identifiées ?

Les vulnérabilités majeures incluent la CVE-2023-27977 (traversée de fichiers / Path Traversal), la CVE-2023-27978 (absence d'authentification pour des fonctions critiques) et la CVE-2023-27979 (validation incorrecte des entrées pouvant mener à un déni de service ou à une exécution de code).

Le protocole IEC 61850 peut-il être sécurisé sans perturber le temps réel ?

Oui, la norme IEC 62351 définit des profils de sécurité spécifiques pour l'IEC 61850. L'utilisation de signatures cryptographiques symétriques (HMAC) permet d'authentifier les messages critiques (comme les trames GOOSE) en quelques microsecondes, respectant ainsi les contraintes de temps réel.

Sources

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