Courrier APE « avis de mise en conformité obligatoire » : enquête sur une offre facultative à 268,90 €
Non, vous n’avez pas à payer ces 268,90 € : ce courrier à en-tête « APE » est une offre commerciale, « facultative » selon ses propres petits caractères, pas une formalité. Il arrive juste après une création ou un transfert d’entreprise, avec vos identifiants et un QR code de paiement. Nous avons remonté la piste du document, de la page de paiement et de la société qui l’édite, puis confronté ses affirmations aux textes, aux fiches de la DGCCRF et à un arrêt de la cour d’appel de Paris. Voici ce qu’il faut faire, et toutes les sources pour le vérifier.
Sommaire11 sections
- Le courrier APE « affichage obligatoire », pièce par pièce
- Que faire, selon votre situation
- Où signaler le courrier APE ?
- Ce qui se passe quand on scanne le QR code
- Qui est derrière le courrier APE ?
- Faut-il payer ? Ce que disent réellement les textes sur l’affichage obligatoire
- Que dit l’administration de ce type de courrier ?
- Ce qu’a jugé la cour d’appel de Paris en 2023
- Comment ont-ils obtenu vos coordonnées ?
- Les six réflexes pour le prochain courrier
- Questions fréquentes
L’essentiel en 30 secondes
- Vous n’avez rien signé ni payé : vous ne devez rien. Aucun contrat n’est formé par la réception d’une offre, même si une relance arrive. Gardez le courrier et l’enveloppe, ne payez pas ; inutile de scanner le QR code.
- Vous avez signé sans payer : ne payez pas, contestez par écrit dès aujourd’hui (modèle plus bas).
- Vous avez payé : écrivez au vendeur dans les 14 jours suivant le paiement, délai de rétractation prévu par ses propres conditions générales, puis prévenez votre banque.
- Ce courrier est une offre commerciale d’achat d’une affiche, vendue par une société privée d’Argenteuil. La mention « offre facultative » existe, en petits caractères, sous un titre qui dit « obligatoire ».
- En 2023, la cour d’appel de Paris a refusé à cette société le retrait de critiques d’internautes : « le sujet est sans difficulté un sujet d’intérêt général ».
Un « avis de mise en conformité obligatoire 2027 », votre raison sociale, votre SIREN, un numéro de gestion, un QR code et 268,90 € TTC à régler par virement, pour une affiche expédiée « sous 8 jours ». Reçu quelques semaines après une création ou un transfert d’entreprise, ce courrier à en-tête « APE » ressemble à une formalité administrative. Faut-il payer ? Non, pas sur la foi de ce document. Les petits caractères le disent eux-mêmes : il s’agit d’une « offre facultative ». Nous avons voulu comprendre qui l’envoie, depuis quand, et ce que disent vraiment la loi, l’administration et la justice. Voici ce que nous avons pu vérifier, pièce par pièce, avec les sources pour que vous puissiez refaire le chemin.
Le courrier APE « affichage obligatoire », pièce par pièce

Le recto tient sur une page ; les conditions générales sont annoncées au verso. Il affirme que « la Loi vous impose d’afficher certains documents d’information dans votre entreprise sous peine de sanctions pénales » et que « le non-respect de ces affichages peut entrainer [sic] une amende pouvant aller jusqu’à 1.500 Euros ». Il reproduit votre fiche d’entreprise, propose un « affichage unique » plastifié de 34,5 × 54,5 cm pour 268,90 € TTC par virement bancaire, et réserve un cadre « Cachet et signature » avec la mention « Bon pour expédition ». Tout en bas, sur trois lignes serrées : « Offre facultative uniquement à fournir un panneau d’affichage obligatoire, commercialisé par APB SAS [sic], société de droit privé. »
| Ce que vous voyez | L’impression produite | Ce qu’il faut savoir |
|---|---|---|
| « Avis de mise en conformité obligatoire 2027 » | Une notification officielle, une échéance | Nous n’avons trouvé aucun texte qui crée une obligation d’affichage nouvelle en 2027. Un millésime imprimé n’est pas une loi. |
| Votre nom, votre SIREN, votre code APE, un « numéro de gestion » | « Ils ont mon dossier, c’est l’administration » | Ces données sont publiques (répertoire Sirene). Leur présence ne prouve aucun lien avec un organisme public. |
| « Date de création : 08/2026 » | Une donnée exacte | Sur notre exemplaire, la date est inexacte pour l’entreprise, créée en 2025 : août 2026 correspond à la création de son nouvel établissement au registre (transfert de siège). Le courrier suit les événements récents du registre. |
| « Amende pouvant aller jusqu’à 1.500 Euros » | Une menace précise et imminente | 1 500 € est le plafond d’une contravention de 5e classe. Les affichages du Code du travail visent les employeurs : le défaut des « documents et affichages obligatoires » y est puni de l’amende de 4e classe, 750 € au plus (article R4741-3). D’autres textes visent « le responsable des lieux » (signalisation de l’interdiction de fumer). Le recto du courrier ne cite aucun texte précis. |
| Le sigle « APE » | Le code APE de l’Insee | Homonymie. Le code APE est attribué par l’Insee « à des fins statistiques, sans créer de droits ou d’obligations ». Ici, « APE » est le nom déclaré d’une société immatriculée en 2017. |
| Cadre « Cachet et signature », « Bon pour expédition » | Un formulaire à retourner | Signer, c’est passer commande et accepter les conditions générales imprimées au verso. |
| « Offre facultative … société de droit privé » | Une formule de bas de page | C’est la phrase décisive : elle reconnaît une offre « facultative », vendue par une « société de droit privé ». Le nom imprimé, « APB SAS », est vraisemblablement une coquille : le site, ses conditions générales et le registre désignent A.P.E. |
Que faire, selon votre situation
Avant d’entrer dans le détail de l’enquête, voici ce qu’il faut faire selon votre cas ; les preuves de chaque affirmation suivent.
Vous n’avez rien signé ni payé. Ne payez pas et ne renvoyez rien. Inutile de scanner le QR code : sur notre exemplaire, il mène à une page de paiement. Conservez le courrier et l’enveloppe, qui porte la date et le mode d’affranchissement, puis signalez-le comme indiqué ci-dessous. Vous ne devez rien : aucun contrat n’est formé par la simple réception d’une offre.
Vous avez signé et renvoyé le document, sans payer. Signer valait commande aux conditions imprimées au verso. Ne payez pas. Écrivez dès aujourd’hui, en lettre recommandée avec accusé de réception, à l’adresse du vendeur telle qu’elle figure au registre et sur son site : A.P.E, 5 rue Michel Carré, 95100 Argenteuil. Trois phrases suffisent : « Je conteste la commande portant la référence [numéro de gestion du courrier] : la présentation du document m’a fait croire à une obligation légale. Je n’y donnerai pas suite et vous demande de ne m’adresser aucune facture. Je conserve copie du courrier pour signalement à la DDETSPP. » La DGCCRF recommande ce « recours amiable » comme premier geste. N’attendez pas de droit de rétractation légal : celui que le Code de la consommation étend à certains petits professionnels (cinq salariés ou moins, achat hors de l’activité principale, article L221-3) ne vaut que pour un contrat conclu hors établissement, après un démarchage en personne, pas pour une commande renvoyée par courrier ou payée en ligne. Reste le délai que le vendeur prévoit lui-même dans les conditions générales de son site : « 14 jours à compter du règlement ». Un juriste, votre expert-comptable ou votre protection juridique professionnelle vous diront ce qui s’applique à votre cas.
Vous avez payé. Premier geste, le jour même : écrivez au vendeur (même adresse) en recommandé avec accusé de réception pour exercer le droit de rétractation que ses propres conditions générales prévoient : « J’exerce le droit de rétractation prévu par vos conditions générales pour la commande [référence], réglée le [date] pour un montant de 268,90 €. Je vous demande le remboursement intégral. » Second geste : par carte ou PayPal, contactez votre banque ou PayPal sans attendre et signalez un litige commercial en joignant cette lettre (vous avez autorisé ce paiement : ce n’est pas une fraude à la carte) ; par virement, demandez un rappel de fonds, sans garantie. Gardez toutes les preuves (dépôt du recommandé, relevé) et signalez. Un remboursement n’est jamais certain ; une réaction rapide augmente vos chances.
Où signaler le courrier APE ?
- La répression des fraudes de votre département. La DGCCRF indique que, si l’entreprise est située en France, « le professionnel lésé peut saisir la direction départementale de la protection des populations (DDPP) » ou la DDETSPP « de son département de résidence, d’une plainte sur la base de la pratique commerciale trompeuse » (DGCCRF, 26 mars 2019). Pour le Lot-et-Garonne : DDETSPP de Lot-et-Garonne, 935 avenue du Dr Jean Bru, 47000 Agen ; courriel ddetspp@lot-et-garonne.gouv.fr ; standard 05 53 98 66 66 (coordonnées publiées par la préfecture). Un courriel suffit : objet « Signalement d’une pratique commerciale trompeuse », votre SIREN, la photo du courrier et de l’enveloppe, la capture de la page de paiement si vous l’avez.
- La DGCCRF au niveau national, par sa page « Signaler un problème ». SignalConso, lui, est réservé aux consommateurs : son aide précise qu’il « ne permet pas aux entreprises de signaler d’autres entreprises » (aide SignalConso).
- Une plainte en commissariat ou en gendarmerie si vous avez payé et estimez avoir été trompé. C’est la voie que la DGCCRF conseille lorsque l’auteur des faits est domicilié à l’étranger : « déposer directement plainte pour escroquerie auprès des services de police de leur lieu de résidence, ou auprès du Procureur de la République ».
Ce qui se passe quand on scanne le QR code
Le QR code conduit vers une page personnelle, hébergée sur un sous-domaine « pay. » du site ape-affichageobligatoire.fr, dont l’adresse se termine par un numéro de dossier. Nous l’avons ouverte sans rien saisir. Trois choses frappent.



Captures de la page de paiement de la société A.P.E (pay.ape-affichageobligatoire.fr), réalisées le 30 octobre 2026 et reproduites à titre de citation.
- Le titre « Informations légales » coiffe vos propres données. Un lecteur pressé croit lire les mentions légales du site ; il lit sa fiche Sirene. Le nom « A.P.E » coiffe la page, mais l’adresse du vendeur n’apparaît qu’en pied de page : « APE, 5 rue Michel Carré, 95100 Argenteuil ». Nous n’y avons vu ni SIREN ni lien vers des mentions légales ; la case à cocher renvoie aux « Conditions générales ».
- Trois moyens de paiement, selon le document. Le courrier annonce un virement bancaire. Les conditions générales du site prévoient un paiement « par carte de paiement ou par chèque ». La page de paiement propose la carte ou PayPal « en plusieurs fois ».
- La date d’immatriculation affichée n’est pas celle de l’entreprise. « 10-08-2026 » est la date de création de l’établissement d’Agen au répertoire Sirene. Cela suggère que l’envoi a été déclenché par une mise à jour du répertoire des entreprises (création, transfert, modification) : sur notre exemplaire, la fiche Sirene a été mise à jour le 13 octobre 2026, et le courrier est arrivé ce même mois. La DGCCRF décrit depuis des années ce ciblage des « professionnels nouvellement enregistrés ».
Qui est derrière le courrier APE ?
Nous n’avons rien deviné : tout ce qui suit vient de registres publics, consultables gratuitement, et des pages du site lui-même, relevées le 30 octobre 2026.
| Élément | Ce que disent les sources | Source |
|---|---|---|
| Société | A.P.E, société par actions simplifiée, nom commercial « APE Affichages pour les entreprises », SIREN 830 882 700 (« immatriculée au RCS de Pontoise », selon ses propres conditions générales), siège 5 rue Michel Carré, 95100 Argenteuil, créée le 11 juillet 2017, active, un seul établissement. | Annuaire des entreprises (État) |
| Activité déclarée | Code APE 63.12Z, « portails Internet ». Caractère employeur : non, d’après le répertoire Sirene. | Même fiche |
| Comptes | Sept avis de dépôt des comptes au BODACC entre 2021 et 2025, aucune procédure collective. Seul exercice dont les chiffres apparaissent dans l’Annuaire des entreprises au 30 octobre 2026 : 2019, chiffre d’affaires 848 579 €, résultat net 44 829 €. Nous ne savons pas quelle part en revient aux affiches. | Même fiche, onglets données financières et annonces ; BODACC |
| Autres sociétés au même siège | Le registre liste, au 5 rue Michel Carré, trois autres sociétés aujourd’hui fermées, ayant eu le même représentant légal : Mobiservices (2018-2019, édition de logiciels), Registres des entreprises (2021-2024, « édition de répertoires et de fichiers d’adresses »), PEE Services (2019-2025, édition de revues et périodiques). Nous n’avons pas examiné leur activité et n’en tirons aucune conclusion ; nous le mentionnons pour qu’un lecteur puisse faire le lien s’il reçoit un courrier de cette adresse sous un autre nom. | Annuaire des entreprises, dirigeants |
| Noms de domaine | ape-affichageobligatoire.fr, domaine de la page de paiement, enregistré le 30 octobre 2017 chez OVH ; titulaire déclaré : l’organisation « APE », 5 rue Michel Carré, Argenteuil. ape-france.fr, domaine de l’adresse e-mail du vendeur, enregistré le 1er juin 2017, contact administratif « A.P.E », même adresse. | Registre de l’AFNIC (RDAP) |
| Mentions légales du site | « Site édité par la société APE SASU au capital de 10.000€ », SIRET 830 882 700 00016. Le site ne nomme ni directeur de la publication ni hébergeur (relevé le 30 octobre 2026), deux mentions que la loi pour la confiance dans l’économie numérique (article 1-1) demande à tout éditeur de site. | ape-affichageobligatoire.fr/mentions-legales/ |
| Conditions générales du site | Version « du 02/01/2023 » : affiche « au prix de 288,00€ TTC avec livraison offerte », produit défini par « l’ordonnance du 26 juin 2014 », paiement « par carte de paiement ou par chèque », rétractation « 14 jours à compter du règlement », tribunal de commerce de Pontoise. Les mots « offre facultative » n’y figurent pas. | ape-affichageobligatoire.fr/cgv/ |
| Prix dans le temps | 1er avril 2023 : 198,12 € l’unité (panier « 2 × 198,12 € » visible sur une archive du site, sans mention TTC ou HT). Octobre 2026 : 268,90 € sur le courrier et la page de paiement, 288 € dans les conditions générales. | Archive du 01/04/2023 |
| Nom du vendeur sur le courrier | « APB SAS » [sic], vraisemblablement une coquille : le site, ses conditions générales et le registre désignent A.P.E. La seule « APB » du code postal 95100 au registre est une SARL du bâtiment créée en 2006, sans rapport avec l’affichage. | Courrier reçu ; Annuaire des entreprises |
Le représentant légal de la société figure au registre national des entreprises, en accès libre. Nous ne le nommons pas : l’identité d’une personne n’ajoute rien à ce que vous devez savoir pour décider, et seule la justice peut qualifier une pratique. Ce que montrent ces documents, c’est une société active depuis 2017, un site qui existe depuis novembre 2017, et un chiffre d’affaires de 848 579 € en 2019, seul exercice dont les chiffres figurent dans les données ouvertes. La phrase clé de la page d’accueil est identique dans la première capture du site (3 novembre 2017) et sur la page relevée le 30 octobre 2026 : « Si l’ordonnance du 26 juin 2014 prévoit que certaines informations n’ont pas à être affichées, elles doivent cependant impérativement être communiquées aux salariés, et ce par tout moyen. » Retenez le mot : salariés.
Faut-il payer ? Ce que disent réellement les textes sur l’affichage obligatoire
Non. Aucun texte n’oblige à acheter cette affiche : les affichages que le courrier invoque sont ceux que la loi impose aux employeurs, et un indépendant sans salarié n’y est pas tenu. Trois choses sont mélangées dans ce courrier, et il faut les séparer.
- L’obligation d’affichage existe, mais elle pèse sur les employeurs. La fiche officielle « Quelles sont les obligations d’affichage dans une entreprise ? » (vérifiée le 8 juillet 2026) commence par « L’employeur doit afficher ou communiquer des informations au salarié sur le lieu de travail » et s’organise par effectif : « Jusqu’à 10 salariés », « Entre 11 et 49 salariés », « À partir de 50 salariés ». Elle précise en tête de page qu’elle « ne concerne pas les micro-entrepreneurs ». Un indépendant sans salarié ni local ouvert au public n’y trouve aucune obligation d’acheter une affiche. Attention toutefois : d’autres règles d’affichage peuvent exister selon votre activité (prix, accueil du public) ; renseignez-vous auprès de votre chambre consulaire plutôt que d’un vendeur.
- L’ordonnance du 26 juin 2014, citée par le vendeur comme fondement de l’« obligation », est un texte de simplification : ses articles 1 à 12 remplacent une série d’affichages par une information « par tout moyen » (par exemple, les salariés « sont informées par tout moyen du texte » des articles du Code pénal sur le harcèlement), et aucun de ses articles ne crée d’affichage nouveau (ordonnance n° 2014-699, Journal officiel du 27 juin 2014). Le site du vendeur le reconnaît lui-même dans la phrase citée plus haut. Ses conditions générales présentent pourtant le panneau comme regroupant « les informations dont l’affichage est obligatoire en entreprise par l’ordonnance du 26 juin 2014 » : le contenu de ce texte ne le confirme pas.
- L’amende de 1 500 € ne correspond à aucun texte que nous ayons trouvé. Les sanctions prévues pour un défaut d’affichage sont des contraventions de 4e classe, 750 € au plus : horaires de travail (article R3173-2 du Code du travail, appliquée « autant de fois qu’il y a de personnes employées »), documents et affichages obligatoires (article R4741-3), signalisation de l’interdiction de fumer (article R3515-3 du Code de la santé publique). Toutes supposent un employeur ou un responsable de lieux ; aucune ne vise un indépendant qui travaille seul chez ses clients.
- L’achat d’une affiche est un contrat commercial libre. Les textes imposent d’afficher ou de communiquer des informations, pas de les acheter : vous pouvez les imprimer vous-même, et les modèles officiels de signalisation de l’interdiction de fumer, par exemple, « sont libres d’impression sur n’importe quel papier, plastique, métal, autocollant » (arrêté du 21 juillet 2025, annexe 3). L’Insee rappelle par ailleurs qu’elle « n’est pas à l’origine » des demandes de paiement qui suivent une immatriculation.
Quant au code APE : il « est attribué par l’Insee à des fins statistiques, sans créer de droits ou d’obligations » et « n’a pas de valeur légale » (Insee). Il ne vous oblige à rien, et pas davantage à acheter un produit à une société qui porte le même sigle.
Que dit l’administration de ce type de courrier ?
Vous vous demandez peut-être s’il s’agit d’une « arnaque ». Nous n’employons pas ce mot comme une qualification : seul un tribunal peut dire si une pratique est pénalement répréhensible, et nous n’avons trouvé aucune décision de justice condamnant cette société pour ses courriers. Ce que nous pouvons dire, c’est ce que l’administration écrit de pratiques comparables. Les fiches citées ci-dessous concernent les annuaires professionnels : elles ne nomment pas la société A.P.E et ne portent pas sur la vente d’affiches.
La DGCCRF décrit, dans sa fiche « Les annuaires professionnels : attention ne vous laissez pas abuser » (28 mars 2024), une technique précise : « Vous recevez un document ressemblant à une facture ou un document officiel (RSI, RCS, INPI, Info-Siret, etc.) dans le cadre d’un publipostage. » Les cibles ? Elles sont, écrit la DGCCRF, « essentiellement les professionnels nouvellement enregistrés au registre du commerce et des sociétés ou au registre des métiers : artisans, petites entreprises… » Dès 2019, la même administration notait que le professionnel « croit qu’il s’agit soit d’une simple vérification de l’ensemble de ses coordonnées puisque l’expéditeur possède ses principales données d’identification, soit d’une obligation légale » (DGCCRF, 26 mars 2019).
Le phénomène est connu jusqu’au Parlement. Interrogé en 2019 sur les offres de « vente d’affiches » adressées aux entreprises nouvellement créées, le ministère de l’Économie répondait au Journal officiel, sans nommer aucune société : « De nombreuses entreprises nouvellement créées sont la cible de pratiques frauduleuses, peu après l’accomplissement de leurs formalités d’immatriculation. […] Les fraudeurs entretiennent le doute sur le caractère obligatoire de la vente, au moyen de documents sur lesquels sont imités ou détournés des logos et dénominations officiels […] qui se présentent sous forme de factures ou d’ordres de virement personnalisés, reprenant les données d’enregistrement de l’entreprise ciblée. Certaines entreprises peuvent ainsi se voir proposer la vente de panneaux d’affichage obligatoire. » (réponse à la question écrite n° 17676, JO du 15 octobre 2019). Cette réponse décrit un type de pratique en général ; elle ne vise pas la société A.P.E.
Le cadre juridique de référence est celui des pratiques commerciales trompeuses (articles L121-2 à L121-5 du Code de la consommation), et il ne protège pas que les particuliers : ces textes « sont également applicables aux pratiques qui visent les professionnels et les non-professionnels » (article L121-5), ce que la DGCCRF confirme : « sont condamnables les pratiques mises en œuvre par les professionnels, à destination des consommateurs, des professionnels ou des non-professionnels » (fiche du 12 mai 2025). Dire si un courrier donné entre dans ces définitions revient à l’administration et, le cas échéant, au juge, pas à nous. À titre d’information générale, les pratiques commerciales trompeuses « sont punies d’un emprisonnement de deux ans et d’une amende de 300 000 euros » (article L132-2 du Code de la consommation) ; seul un tribunal peut prononcer ces peines.
En face, il faut être juste : la société vend un produit réel, le mentionne comme « facultatif » en bas de page, affiche une adresse en France, un SIREN et des conditions générales, et prévoit un délai de rétractation. Rien n’y est caché : l’information décisive est simplement la moins visible de la page. Chaque pratique « nécessite une analyse au cas par cas de tous ses éléments constitutifs, tenant compte de la présentation générale de la pratique et du contexte dans lequel elle est réalisée », écrit la DGCCRF. Cette analyse revient à l’administration et au juge ; nous reproduisons le document pour que vous puissiez décider en connaissance de cause.
Ce qu’a jugé la cour d’appel de Paris en 2023
La seule décision de justice publiée que nous ayons trouvée concernant cette société est un procès qu’elle a elle-même engagé. En octobre 2022, la société APE a assigné l’éditeur du site de discussions signal-arnaques.com pour obtenir le retrait de conversations d’internautes la concernant, 25 000 € de dommages-intérêts et une publication. Le tribunal judiciaire de Paris l’a déboutée le 2 décembre 2022 ; la cour d’appel de Paris a confirmé le 7 septembre 2023 et l’a condamnée à 3 000 € au titre de l’article 700 et aux dépens d’appel (cour d’appel de Paris, pôle 1, chambre 2, 7 septembre 2023, texte sur Legalis).
Les motifs de l’arrêt méritent d’être lus par tout destinataire du courrier. La cour décrit l’activité : la société s’adresse aux entrepreneurs « pour proposer ses services en matière d’affichage obligatoire, par l’envoi d’une lettre comportant la mention “Affichage obligatoire” ». Elle relève qu’« une mention en petit format précise certes qu’il s’agit d’une offre facultative commercialisée par une société de droit privé, le caractère légal de la démarche n’étant pas en cause », mais que « la base factuelle des propos apparaît sérieuse, une confusion pouvant naître dans l’esprit d’entrepreneurs peu informés ». Elle juge que « le sujet est sans difficulté un sujet d’intérêt général, s’agissant de l’information des entreprises quant à l’action d’une société APE venant les démarcher », que « l’emploi du terme “arnaque” ne renvoie pas, comme l’a indiqué le premier juge, à une infraction pénale d’escroquerie, mais plus à l’acception la plus large du terme », et que les propos des internautes « n’apparaissent pas dépasser la libre critique et les limites admissibles de la liberté d’expression ». Elle note enfin que la société « n’a pas non plus utilisé les outils du site pour répondre aux commentaires et apporter la contradiction ».
Deux précisions pour lire cette décision correctement. La cour n’a pas jugé le courrier illégal : elle écrit elle-même que « le caractère légal de la démarche n’[est] pas en cause ». Et elle n’a pas condamné la société pour ses envois : elle a seulement refusé de faire taire ceux qui s’en plaignaient. C’est exactement l’esprit de cet article : informer, documenter, et laisser chacun décider.
Comment ont-ils obtenu vos coordonnées ?
Nous ne savons pas d’où viennent précisément les données utilisées pour ce courrier. Mais rien n’oblige à une fuite : la dénomination, l’adresse du siège, le SIREN, le code APE et la date des derniers mouvements d’une entreprise sont en principe des données publiques, diffusées en open data par l’État. Toute société peut extraire la liste des créations et modifications récentes et leur adresser un publipostage. L’Insee le dit sans détour : « Suite à une création ou à une modification de statut ou d’adresse, des entreprises ou des auto-entrepreneurs reçoivent des demandes de règlements pour inscription sur des registres ou annuaires privés. L’Insee n’est pas à l’origine de ces demandes » (Insee, page mise à jour le 9 janvier 2024). Un entrepreneur individuel peut toutefois s’opposer à la diffusion de ses données, sur le service statut-diffusion-sirene.insee.fr de l’Insee. À ne pas confondre avec les fuites de données, un autre sujet que nous traitons dans cet article.
Les six réflexes pour le prochain courrier
- Cherchez les mots « offre facultative », « société de droit privé », « sans obligation d’achat ». S’ils sont là, c’est une publicité.
- Lisez le nom du vendeur dans les petits caractères et comparez-le à l’en-tête et au site.
- Demandez-vous qui a intérêt à ce que vous payiez vite. Un QR code de paiement ou une échéance imprimée ne prouvent pas qu’un document est officiel : vérifiez qui l’émet et où mène le lien. Les avis de paiement d’une administration (impôts, Urssaf, amendes) renvoient vers un site en .gouv.fr ou urssaf.fr et ne vendent rien.
- Vérifiez l’obligation sur une source officielle (service-public.gouv.fr, votre chambre consulaire), jamais sur le document qui vous la vend.
- Ne signez et ne payez jamais le jour même. Faites relire à un tiers.
- Conservez tout : enveloppe, courrier, captures. Ce sont les pièces d’un signalement utile.
Questions fréquentes
Faut-il payer le courrier APE « affichage obligatoire » ?
Non. C’est une offre commerciale facultative, comme l’indiquent ses propres petits caractères, et aucun texte n’oblige à acheter cette affiche. Si vous n’avez rien signé ni payé, vous ne devez rien.
Un courrier qui connaît mon SIREN est-il forcément officiel ?
Non. Le SIREN, l’adresse et le code APE d’une entreprise sont en principe publics et réutilisables par n’importe quelle société commerciale. Un entrepreneur individuel peut s’opposer à la diffusion de ses données auprès de l’Insee.
Je suis microentrepreneur sans salarié : dois-je afficher quelque chose ?
Les obligations d’affichage de la fiche Service Public visent l’employeur. Sans salarié ni local recevant du public, vous n’avez pas à acheter de panneau. Si votre activité est réglementée (prix, hygiène, accueil du public), vérifiez auprès de votre chambre consulaire.
Puis-je ignorer le courrier, et une relance ?
Si vous n’avez rien signé ni payé, oui. Une relance n’a pas plus de valeur que le premier envoi. Gardez-les, et signalez-les à la DDETSPP de votre département.
J’ai signé et je reçois une « mise en demeure » ou un courrier de recouvrement : dois-je payer ?
Pas sous la pression d’un courrier. Seule une décision de justice permet de vous contraindre à payer ; une lettre de relance ou de recouvrement n’a pas plus de force qu’une facture. Répondez par écrit que vous contestez la commande (modèle plus haut), gardez une copie, et signalez. Si une procédure judiciaire vous était notifiée, faites-vous assister.
La société APE a-t-elle déjà été jugée ?
À notre connaissance, aucune décision publiée ne la condamne pour ses courriers. En revanche, elle a perdu le procès qu’elle avait engagé pour faire retirer des critiques d’internautes : la cour d’appel de Paris a jugé, le 7 septembre 2023, que le sujet est « d’intérêt général » et que ces critiques ne dépassaient pas « les limites admissibles de la liberté d’expression ».
Méthode, sources et droit de réponse
Constats réalisés le 30 octobre 2026 sur un courrier reçu par Le Bon Contact, l’éditeur de ce site, sur la page de paiement correspondante (ouverte sans saisie), sur le site ape-affichageobligatoire.fr (accueil, mentions légales, conditions générales), sur l’Annuaire des entreprises de l’État et le BODACC, le registre RDAP de l’AFNIC, les archives de la Wayback Machine, Légifrance, la réponse ministérielle à la question écrite n° 17676, l’arrêt de la cour d’appel de Paris du 7 septembre 2023 publié par Legalis, et les fiches de la DGCCRF, de l’Insee et de Service Public citées dans le texte. Les deux noms de domaine sont déclarés au registre de l’AFNIC au nom de la même organisation et de la même adresse d’Argenteuil ; le site vitrine et la page de paiement étaient hébergés, le 30 octobre 2026, sur une adresse IP de Contabo GmbH (Allemagne), ape-france.fr chez OVH. Les données du destinataire sont masquées sur toutes les images, reproduites à titre de citation. Aucune personne physique n’est nommée. Cet article décrit des faits et cite les textes ; il ne constitue pas un conseil juridique et ne préjuge d’aucune qualification pénale, qui relève des tribunaux.
La société A.P.E peut nous adresser ses observations à contact@le-bon.contact ; elles seront publiées à la suite de cet article, et toute erreur factuelle signalée sera corrigée, avec la date de la correction.
Droit de réponse : toute personne nommée ou désignée dans cet article peut l’exercer dans les trois mois suivant sa mise en ligne (article 1-1, III, de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique, qui renvoie aux conditions de l’article 13 de la loi du 29 juillet 1881). La demande est adressée au directeur de la publication, Kévin Moniaux, à contact@le-bon.contact ou à l’adresse postale indiquée dans nos mentions légales.
À Agen comme ailleurs, ces courriers arrivent au moment où l’on est le plus occupé : juste après avoir créé ou déménagé son entreprise. Le réflexe qui protège coûte dix secondes : lire la dernière ligne avant la première. Et si un document, un e-mail ou un appel vous laisse un doute, demandez un deuxième avis avant de payer ; c’est aussi à cela que sert un accompagnement en sécurité informatique pour les TPE et PME. Nous ne fournissons pas de conseil juridique, mais nous savons repérer une présentation qui prête à confusion.



